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  • Posté le 21 septembre 2022 / 28 visites

[Podcast Ép. 83] Billet 🔊 – Réforme des retraites : la macronie tentée par une guerre éclair

Temps de lecture : 4 minutes

Qui pouvait encore douter de la volonté d’Emmanuel Macron de mener à son terme la réforme des retraites ? La publication du nouveau rapport du Conseil d’orientation des retraites, jeudi dernier, est venue dramatiser le climat et a permis au gouvernement et aux promoteurs de la réforme de monter au créneau en plaidant l’urgence. Or, le COR ne dit absolument pas que notre système de retraite est en danger (voir à ce sujet la vidéo réalisée par l’Ugict-CGT). Il est même en excédent technique pour cette année et l’année prochaine, puis déficitaire ensuite, mais sans être en danger. Ce que nous dit le COR, c’est que la part du PIB consacrée aux retraites s’est stabilisée, voire qu’elle va baisser sous les effets des précédentes réformes qui ont toutes contribué à faire baisser le niveau des pensions. Et cela, alors même que le nombre de retraité.es va augmenter. « Il n’y a pas péril en la demeure » résume Régis Mezzasalma, conseiller confédéral de la CGT en charge des retraites. « Le système de retraite français n’est pas équilibré financièrement. Il est même structurellement en déficit », a affirmé au Point le ministre du Travail Olivier Dussopt, plaidant sur le thème : « travailler plus longtemps à l’échelle d’une vie ».

Pas d’urgence donc et surtout rien ne pourrait justifier que le gouvernement et le chef de l’État mènent une blitzkrieg à l’occasion de l’examen du projet de loi de finances de la Sécurité sociale cet automne. Car il semble que ce soit la voie choisie par E. Macron pour imposer le recul de l’âge légal de départ de 62 ans à 64 ou 65 ans, l’allongement de la durée de cotisation pour prétendre à une pension à taux plein, disparition définitive des régimes spéciaux. Quitte à faire adopter ce PLFSS par le 49.3 au mépris de la contestation unanime des organisations syndicales qui ont été reçues lundi 12 septembre au ministère du Travail.

Autrement dit, Emmanuel Macron peut à la fois convoquer son Conseil national de la refondation et amuser la galerie avec des artifices de sa nouvelle méthode de gouvernement et même temps s’asseoir sur les corps intermédiaires et la représentation nationale. Là aussi, qui pouvait lui accorder du crédit alors que son premier mandat n’a pas été autre chose que défiance et mépris pour les organisations syndicales. S’il passe en force comme l’ont laissé entendre ces derniers jours ses ministres, alors la CFDT quittera le CNR a prévenu son secrétaire général.

Dans cette séquence politique, alors que le gouvernement est à la manœuvre, qu’il menace, les forces sociales ne peuvent attendre les arbitrages gouvernementaux sans réagir. Le sujet est trop grave, il vient se conjuguer avec les nouvelles attaques contre l’assurance chômage. Et même si le gouvernement met en avant quelques minces contreparties comme la prise en compte « d’éléments de pénibilité » et un niveau minimal de pension à 1 100 euros, c’est un recul social énorme qui se prépare.

Il est donc essentiel que les syndicats fassent front commun et ne s’en laissent pas conter dans les concertations ouvertes par le gouvernement. Les travailleuses et travailleurs doivent pouvoir s’exprimer à nouveau comme lors de l’hiver 2019-2020 pour mettre cette réforme idéologique en échec. Dans ce contexte, la mobilisation du 29 septembre doit être cette occasion de marquer le rejet de ces reculs et l’exigence d’une retraite à 60 ans avec une pension garantie, représentant au minimum 75 % net du salaire de fin de carrière sans autre condition que d’avoir une carrière complète. Travailler plus longtemps, c’est non ! Car, faut-il le rappeler, l’espérance de vie en bonne santé stagne à 64 ans et seuls 38 % des personnes de plus de 60 ans sont aujourd’hui en emploi.

Par FD, journaliste engagé et militant Ugict-CGT